vieux texte
j’ai écrit ce texte un peu après être rentré en école, donc il date un peu. Il faut y voir un exercice de style, une volonté d’amuser, de choquer plus qu’un vrai argumentaire. Tout y est (un peu) exagéré, et puis, depuis ce moment là, j’ai eu des cours bien plus humains. Je le livre comme je l’avais écrit à l’époque:
J’ai vendu mon âme. Sans blague. L’acte de vente a été paradoxalement un emprunt. 28500 euros.
Je vous explique. Je suis entré il y moins d’un mois dans une grande école de commerce (ou management). Ces écoles sont payantes, on fait donc des emprunts et pour rembourser, il faut travailler. Jusqu’à là, rien de choquant. Oui mais ce serait oublié nos futures fonctions. Un ouvrier vend ses mains, un manager vend son âme. Je ne l’ai compris clairement qu’après mon premier cours. C’était dans l’amphi « La redoute » (l’entreprise est partout, BIG BROTHER IS WATCHING YOU, sauf que là, c’est nous qui la regardons tout le temps), et le professeur s’appelait Mr Martin*. Comme il l’a dit lui-même, nous prenions en plein visage un véritable choc culturel. Une entreprise n’est pas faite d’êtres humains mais de transformateurs, le recrutement n’est qu’un investissement dans une ressource. Sur les transformateurs, il faut garder son leadership (dans les écoles, la plupart des professeurs parlent une espèce de franglais très professionnel). Si l’un de vos subordonnés fait une blague et vous tape dans le dos, il faut le virer car votre leadership a été remis en question. Il ne faut jamais lier d’amitié avec un collègue, jamais les rencontrer hors du travail, « ce serait mauvais du point de vue de l’entreprise, on ne prendrait pas la bonne décision au bon moment. N’oubliez pas que le seul but est le pognon. Soyez cynique, il faut manipuler les gens, il faut qu’ils obéissent, pensez à votre leadership ».
Si ça, ce n’est pas vendre son âme. Oui, mais vous me direz avec raison, le choix existe. Mais le monde est plus pervers. Les riches ont le choix (ils n’ont pas fait d’emprunt pour payer l’école), les autres ne sont plus que des esclaves. Je suis obligé de travailler pour rembourser mon prêt, j’ai déjà un pied dans l’engrenage. Je suis fini, mon avenir est tracé, je vais être obligé de gagner suffisamment d’argent (si ça, ce n’est pas une plainte étrange) pour payer mon prêt, et je vais devoir être efficace pour gagner cet argent. Je vais devoir rentrer dans le monde de Mr Martin.
Marx voulait que les moyens de productions appartiennent aux ouvriers, les ouvriers ne les possèdent toujours pas. On pensait que pour les cadres, la situation était meilleure mais non. Maintenant, je me rends compte que pour les cadres aussi, leurs moyens de production leurs sont enlevés. Les cadres travaillent avec leur tête, mais elles ne leurs appartient plus. L’âme est déjà vendue. On a remplacé les valeurs par les valeurs d’entreprise, la culture par la culture d’entreprise.
Mais ne croyez surtout pas que je vais pleurer sur mon sort. Je suis né catholique et je me suis vite converti au cynisme, plus à même de me sauver que le christianisme. Ayant vendu mon âme, je n’ai plus de souci à me faire quant à mes actions, elles ne m’appartiennent plus. Et de toute façon, avec un bon argumentaire, tout peut se justifier, je ne me sentirais jamais monstrueux.
*: j’ai choisi de modifier le nom du professeur.
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Là je comprends ta perception et ta pensée sur se sujet!!!
Tamar
13 Jan 09 at 5:08